Fausses idées sur la précocité

 

Les idées erronées sur la précocité sont courantes, tant elle est encore largement mal connue, que ce soit du grand public ou des professionnels de l'enfance, psychologues y compris.

Celui qui ne sait pas ce qu'est la précocité, aura tendance à croire que les enfants précoces sont ceux qui sont premiers de classe, qui passent le bac à 14 ans, ne pensent qu'à travailler et apprendre, sans chercher à s'amuser et voir des amis. Des bêtes curieuses mal dans leur peau et asociales.

Voici un petit aperçu des erreurs fréquemment entendues sur la précocité :

 

Les enfants surdoués sont brillants à l'école

 

En effet, certains sont brillants à l'école et premiers de la classe, tout en ayant une ou deux années d'avance. Ces élèves resteront parmi les meilleurs et excelleront jusque dans les grandes écoles les plus élitistes.

Cependant, un tiers seulement des enfants précoces aura ce parcours exceptionnel et facile. Un autre tiers aura une scolarité moyenne et un dernier tiers sera en échec scolaire.

33 % des enfants dont le QI dépasse 130 redouble au moins une fois dans sa scolarité. C'est le cas aussi de la moitié de ceux dont le QI est supérieur à 140.

Il ne faut donc pas uniquement prendre en compte la réussite scolaire pour penser qu'un enfant est précoce ou ne l'est pas. De même, pour les adultes à qui l'on dit qu'ils ont un profil "surdoué", ou les parents qui découvrent le haut potentiel de leur enfant : s'ils ont été des élèves moyens ou médiocres, ce n'est pas une preuve qu'ils ne soient pas surdoués. La précocité est génétique, il y a des chances qu'avec un enfant surdoué, ils soient eux aussi concernés.

Il y a aussi les surdoués, très nombreux (30 %) qui ont cumulé précocité et trouble d'apprentissage et dont la scolarité a toujours été vécue comme difficile et décevante.

Lire aussi : L'école

 

Les enfants surdoués doivent sauter des classes

 

Certains en ont vraiment besoin, car ils s'ennuient, ont l'impression de perdre leur temps à l'école et de n'avoir aucun intérêt à y aller. Ils y sont malheureux, ne veulent plus s'y rendre, développent des troubles psychosomatiques ou de la phobie scolaire.

D'autres n'ont pas besoin de sauter une classe, ou n'en ont tout simplement pas envie. D'autres encore le souhaiteraient, mais leur profil est hétérogène à cause d'une dyslexie, d'une attention bien trop fragile, d'une écriture coûteuse et lente...

La nécessité d'un saut de classe n'est pas proportionnelle au QI : on ne peut pas dire qu'un enfant qui a 140 de QI doit sauter une classe et que celui qui a 150 doit en sauter deux. Des enfants ont absolument besoin d'accélérer leur scolarité alors qu'ils n'ont que 125 de QI. D'autres avec des QI extrêmes autour de 150 poursuivent une scolarité très satisfaisante sans avoir besoin de sauter une classe. Rien n'est systématique en matière de passage anticipé, il faut toujours réfléchir au cas par cas et tenir compte avant tout du besoin de l'enfant et de sa demande.

Voir aussi : Un enfant précoce doit-il sauter une classe ?

 

Les surdoués sont malheureux et inadaptés, surtout avec un QI très élevé

 

Là encore, ce n'est pas systématique, heureusement. La plupart des surdoués vont bien, sont épanouis, ont des amis et vivent comme tout le monde. Ce sont les émissions qui leur sont consacrées qui peuvent laisser penser le contraire, car on n'y montre souvent que ceux qui vont mal.

Il y en a certes qui vont mal, très mal, car la précocité agit comme une loupe : le moindre grain de sable peut être perçu comme une montagne insurmontable. Le moindre souci peut entraîner des réactions et des souffrances démesurées. L'excès est le propre du surdoué.

Il y a des risques qu'un enfant surdoué aille mal s'il ne se sent pas en sécurité sur le plan affectif et matériel, plus qu'un autre enfant, car la précocité rend plus fragile psychologiquement. Mais pour celui qui aura eu une enfance sécure et épanouissante, il n'y a pas de raison qu'il aille mal.

Le mal être n'est pas proportionnel au QI : une personne peut vivre de grandes souffrances avec moins de 130 de QI et une autre peut être tout à fait heureuse et sereine avec 150 ou davantage.

Car si la précocité fragilise, elle ne peut pas définir complètement un individu. Chacun est différent, dès la naissance et quel que soit son niveau d'efficience intellectuelle. Il y a des nouveau-nés qui pleurent beaucoup, d'autres qui pleurent à peine. Des enfants toujours inquiets, d'autres sereins et sûrs d'eux. Chacun a sa personnalité et plus ou moins de force psychologique, indépendamment de son intelligence.

Malgré tout, la précocité est un facteur fragilisant. Lorsqu'une famille soupçonne de la précocité chez un enfant, quand bien même cet enfant va bien, il vaut mieux le faire tester, car la plupart des adultes surdoués qui vont mal sont ceux qui ignorent leur précocité. Beaucoup d'entre eux se seraient mieux développés en le sachant dès l'enfance. De plus, s'ils avaient été conscients de leur précocité, de nombreux collégiens ou lycéens n'auraient pas baissé les bras en quatrième ou en seconde, lorsque le travail demandé s'est complexifié et qu'ils n'ont plus réussi à tout comprendre immédiatement, non habitués qu'ils étaient à faire des efforts ou tout simplement à apprendre.

 

La précocité disparaît à l'adolescence

 

Malheureusement, il arrive encore de nos jours d'entendre une telle énormité.

Non, non, non et non ! La précocité ne passe pas avec le temps. Un enfant surdoué deviendra un adolescent surdoué puis un adulte qui restera surdoué toute sa vie.

Le cerveau d'un surdoué est structurellement et fonctionnellement différent. Pourquoi changerait-il ? En effet, le cerveau d'un surdoué n'est pas plus gros, il n'a pas plus de neurones, mais l'information circule plus vite d'un neurone à l'autre, les connexions entre les neurones sont plus nombreuses et l'hémisphère droit est souvent privilégié. Et c'est le cas tout au long de la vie.

On voit de plus en plus de livres sur l'adulte surdoué. D'où sortiraient ces adultes surdoués si les enfants surdoués arrêtaient de l'être à l'adolescence ?

Pas un mois sans que je reçoive des parents qui traînent un mal être persistant. S'ils n'avaient pas découvert la précocité grâce à celle de leur enfant, ils n'auraient peut-être jamais soupçonné être concernés eux aussi.

Pas un mois sans qu'un adulte qui se découvre surdoué ne me raconte qu'un psychiatre l'a étiqueté bipolaire ou schizophrène, sans voir derrière son attitude versatile et excessive, les signes d'une précocité. 

Un adulte surdoué peut passer facilement du rire aux larmes, être certains jours enjoué et optimiste, le lendemain très déprimé. C'est un  fonctionnement "attendu" chez un surdoué, sans être pathologique. Cela ne fait pas de lui un bipolaire. Un adulte surdoué peut se montrer très sensible à des bruits ou des émotions que d'autres ne perçoivent pas et, par-là, se montrer extrêmement méfiant, voire paranoïaque. Cela ne fait pas de lui un schizophrène.

Chez un adulte surdoué qui va bien, ces étrangetés restent modérées. Chez celui qui est en souffrance, en dépression ou qui souffre de troubles anxieux, l'extrême labilité émotionnelle peut ressembler à un trouble bipolaire.

Le détachement émotionnel et l'extrême crainte envers les autres peut laisser craindre une schizophrénie.

Lire aussi : La schizophrénie

La précocité ne passe pas à l'adolescence. L'adulte surdoué existe et il peut être en grande souffrance avant de découvrir sa précocité.

 

On n'est pas surdoué avec un QI de 129

 

L'OMS reconnait un haut potentiel à partir de 130, ce qui correspond à un peu plus de 2 % de la population. Peut-on alors dire qu'un enfant n'est pas surdoué s'il n'a que 129 ?

Ce n'est pas si simple que ça et, heureusement, pas aussi catégorique.

Le fonctionnement cognitif et émotionnel est-il vraiment différent pour quelques points, dans un test qui n'est pas fiable à 100 % ? Un enfant peut perdre des points, car il est anxieux, peu impliqué, impulsif, inattentif ou parce qu'il souffre d'un trouble d'apprentissage.

Plutôt que regarder le seul QI, qui d'ailleurs ne peut pas être calculé en cas de scores trop hétérogènes, il vaut mieux regarder l'ensemble du profil cognitif et émotionnel.

Le QI n'est pas un critère absolu pour "diagnostiquer" une précocité. Il faut prendre en compte tout un ensemble d'éléments et de compétences.

Le psychologue peut aussi rencontrer des faux négatifs : des enfants qui rassemblent tous les critères de la précocité, mais qui, au moment du test, ne montrent rien, par anxiété ou défiance. Testés de nouveaux quelques années plus tard lorsqu'ils sont plus matures, coopérants et plus sûrs d'eux, ils explosent les scores et révèlent franchement leur haut potentiel.

 

Les surdoués adorent lire

 

C'est le cas pour la majorité d'entre eux, mais il y a aussi des enfants surdoués qui n'aiment pas trop lire. Ils n'ont pas la patience d'attendre pour connaître la fin de l'histoire ou préfèrent dessiner, faire du sport, bricoler...

Il ne faut pas oublier également que nombre de surdoués sont dyslexiques ou souffrent d'un trouble déficitaire d'attention qui peut rendre la lecture coûteuse, donc peu agréable.

Si un enfant surdoué très curieux ou qui adore qu'on lui lise des histoires, refuse de lire ou ne lit jamais pour le plaisir, cela doit mettre en alerte : il est peut-être dyslexique, même si en apparence il lit assez bien. En cas de haut potentiel, les enfants compensent longtemps et leur dyslexie passe inaperçue jusqu'à la fin du primaire, voire du collège. Le diagnostic est alors posé lorsqu'ils se découragent complètement et que leurs notes s'effondrent.

 

Les surdoués n'aiment pas le sport

 

Il y en a effectivement qui n'aiment pas le sport, qui n'aiment pas bouger et qui préfèrent jouer calmement, créer, penser, apprendre, parler, rêver...

Il y en a qui ont peur d'être bousculés, qui craignent de se faire mal ou se casser quelque chose. L'anticipation anxieuse du surdoué peut le détourner d'une activité qui présente des risques de blessures.

Il y a toutefois énormément de surdoués qui adorent le sport et qui trouvent dans une activité physique, l'occasion de se défouler, de relâcher toute la pression accumulée dans une classe où ils s'ennuient et ne doivent pas bouger ni se faire remarquer, dans un monde qui ne les comprend pas, dans lequel ils doivent accepter les contraintes, l'attente et l'hyperstimulation sensorielle.

J'en rencontre parfois qui font de la compétition à d'assez hauts niveaux ou qui cumulent plusieurs sports.

 

Les surdoués ont besoin d'être suivis par un psychologue

 

Les surdoués ont besoin de rencontrer un psychologue pour passer un test, mais la plupart d'entre eux n'ont pas besoin d'un suivi psychothérapeutique. Ils ont avant tout besoin de savoir qu'ils sont surdoués et de comprendre ce que ça implique.

Ils ont besoin d'être rassurés et de se sentir compris et aimés. Ce sont les parents et les amis qui sont les plus compétents pour cela.

Cependant, lorsque l'anxiété est trop forte, qu'elle s'accompagne de TOC ou de dépression, le psychologue ou le sophrologue sont requis. Mais attention de choisir un thérapeute qui connaît bien la précocité intellectuelle, sans quoi le soin serait inefficace.

 

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